Le métier de la marche à reculons à Quang Binh - Un savoir-faire unique au cœur du fleuve Gianh

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Quang Binh

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Mis à jour: 23/09/2026

1. Le métier de la marche à reculons à Quang Binh

Nul ne sait exactement quand est né ce métier de la marche à reculons. Même les anciens du village se rappellent seulement avoir suivi leurs parents sur le rivage dès l'enfance, se partageant les zones pour ensuite s'immerger silencieusement dans l'eau et racler le sable sous les flots limpides. Chaque passage de râteau dévoile de petites palourdes, de jeunes crabes, des escargots de mer et même quelques étoiles de mer, véritables présents marins offerts aux enfants de cette côte salée.  

Ce métier n'apporte pas la richesse, mais procure un revenu d'appoint précieux pour stabiliser la vie quotidienne et scolariser les enfants. Les modestes riverains du fleuve Gianh, à Phu Hoa, Quang Tien, Quang Trung ou des zones côtières de Quang Phu, Quang Dong et Bao Ninh, passent ainsi leurs journées immergés dans l'eau, allant et venant sous un soleil de plomb ou des pluies battantes imprévues.  

Mang lại một phần thu nhập cho người dân vùng biển
Photo : Une source de revenus pour les habitants du littoral 

En plein midi, sous une chaleur ardente, on entend parfois leurs éclats de rire résonner à travers le murmure des vagues. Ils évitent les zones de baignade des vacanciers pour privilégier les bancs de sable déserts où, selon leur expérience, les trésors marins sont abondants. Il y a parfois une part de hasard, mais pour eux, la mer a toujours été une source de vie et une fidèle compagne depuis des générations.  

2. La simplicité et les épreuves derrière la marche à reculons

L'équipement nécessaire à cette récolte à reculons est très modeste : un simple râteau d'environ 1,2 mètre et un tamis métallique soudé pour filtrer le sable. Posé à plat sur le fond marin, le râteau est tiré en arrière avec persévérance. Malgré leur rusticité, ces outils constituent le gagne-pain de nombreuses familles, profondément ancrés dans l'existence des gens du littoral.  

Chiếc cào làm bằng cán gỗ dài chừng m2
Photo : Le râteau au manche en bois d'environ 1,2 mètre

La pêche à la palourde dépend fortement des marées. Lorsque l'eau est trop haute et les vagues trop fortes, le ratissage est impossible ; à marée trop basse, les coquillages se font rares. Trouver la bonne profondeur pour enfoncer le râteau relève d'un vrai doigté : trop profond, le sable devient trop lourd à tracter ; trop superficiel, les coquillages restent introuvables. Le chapeau conique incliné vers la surface de l'eau, le dos courbé, ces pêcheurs raclent le sable inlassablement, reculant pas à pas tout en traînant leur râteau avant de se pencher pour tamiser la prise. Mains robustes, teints hâlés par les embruns et le soleil, pieds fripés par l'immersion prolongée, telle est l'image authentique de ces travailleurs acharnés de la mer.  

Những người dân vùng biển làm nghề này, ai cũng có một làn da bánh mật
Photo : Les pêcheurs de cette région arborent tous un teint hâlé par le soleil

À mesure que le soleil monte, la chaleur s'intensifie et la sueur se mêle à l'eau salée. Ils se rassemblent pour trier les minuscules palourdes tout juste ramassées, écartent les coquilles vides, relâchent dans l'eau les crabes nains et quelques étoiles de mer frétillantes. Sans habitude, ce travail expose facilement aux insolations et aux mycoses des pieds causées par l'eau, mais les habitants s'y accrochent avec patience, car c'est leur moyen de subsistance et le soutien de tout leur foyer.  

Ainsi, ces pas à reculons sur le sable blanc et dans l'eau claire se poursuivent inlassablement, à l'image du rivage paisible qui s'écoule et nourrit depuis toujours des générations de pêcheurs humbles et résilients.

3. Les fruits de la récolte et leur valeur culinaire

Le fruit le plus précieux de cette récolte à reculons est la petite palourde d'eau saumâtre (chắt chắt), un mollusque renommé du fleuve Gianh. Ces petites palourdes possèdent une chair douce, savoureuse et nutritive, particulièrement abondante après de fortes pluies, lorsque l'eau douce de l'amont se mélange aux eaux saumâtres de l'estuaire.

Après la récolte, les coquillages sont mis à dégorger pour éliminer le sable, nettoyés soigneusement puis préparés en de multiples spécialités locales comme la poêlée de petites palourdes, la soupe claire, le porridge de palourdes, la pâte fermentée de coquillages, ou tout simplement pochés pour préserver leur douceur naturelle. En plus d'offrir un revenu aux riverains, ces coquillages constituent une spécialité incontournable des repas familiaux, des marchés locaux et des petites auberges conviviales. Ce cadeau bienveillant du fleuve Gianh contribue à forger l'identité de la gastronomie de Quang Binh, laissant un souvenir mémorable à chaque visiteur.

Những con ngao cào được sẽ đem bán cho nhà hàng, quán nhậu

Photo : Les palourdes récoltées sont ensuite vendues aux restaurants et bistrots locaux

4. Défis et portée socio-culturelle

Bien qu'elle ne procure pas de hauts revenus, la pêche à reculons demeure une source de subsistance durable pour de nombreuses familles du fleuve Gianh. Bien plus qu'un simple gagne-pain, ce métier incarne le courage, l'endurance et l'ingéniosité des habitants de Quang Binh, attachés au fleuve et aux marées depuis des générations.

Néanmoins, face aux évolutions de la vie contemporaine, cette tradition fait face à d'importants défis. Les revenus sont tributaires des caprices de la météo et des marées, les ressources halieutiques diminuent sous la pression environnementale et de l'exploitation mécanisée, tandis que la pénibilité du labeur détourne les jeunes générations de la relève.

Au-delà de sa dimension économique, la marche à reculons fait partie intégrante de la mémoire culturelle du fleuve Gianh, cours d'eau historique et emblème des paysages de Quang Binh. Préserver ce métier traditionnel, c'est perpétuer la noblesse d'un labeur humble tout en sauvegardant l'identité culturelle et les récits de vie qui ont traversé le temps.

Nghề ăn tới đi tui

Photo : Le quotidien des habitants assurant leur subsistance 

Au cœur du monde moderne où tant de traditions s'estompent, le métier de la marche à reculons sur le fleuve Gianh subsiste vaillamment, témoignant du lien intime entre l'homme et la nature. Ces pas à reculons sur les bancs de sable ne sont pas seulement un moyen d'existence, mais aussi le symbole de la persévérance, du courage et de l'amour profond des habitants de Quang Binh pour le fleuve nourricier. Si vous visitez Quang Binh, prenez le temps de vous arrêter sur les rives du fleuve Gianh à marée descendante. La silhouette de ces travailleurs reculant calmement sur le sable vous révélera toute la beauté authentique de cette terre, où chaque métier traditionnel renferme une histoire précieuse qui forge l'identité de Quang Binh d'aujourd'hui.

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