La pagode Tu Hieu à Hue a été fondée en 1843 par le Vénérable Nhat Dinh, un maître zen réputé pour sa piété filiale exemplaire. Auparavant, il occupait la fonction de Tang Cang (haut dignitaire bouddhique) aux pagodes royales de Giac Hoang et de Bao Quoc, qui comptaient parmi les plus grands sanctuaires de Hue à cette époque. Cependant, lorsque sa mère tomba gravement malade, Nhat Dinh décida de renoncer à ses hautes fonctions pour transmettre sa charge à son condisciple Nhat Niem, avant de se retirer dans le hameau de Duong Xuan Thuong III (aujourd'hui quartier de Thuy Xuan, ville de Hue) afin d'y bâtir un modeste ermitage en chaume nommé « An Duong Am ». Ce lieu n'était pas seulement un refuge pour la pratique méditative, mais aussi un havre dédié aux soins apportés à sa mère âgée.
Le rôle du maître zen Nhat Dinh dépasse largement celui de simple fondateur : il incarne un symbole vivant de la piété filiale dans le bouddhisme vietnamien. La légende raconte que chaque jour, appuyé sur sa canne, il traversait forêts et ruisseaux sur plus de 5 kilomètres pour acheter du poisson et de la viande afin de préparer du bouillon fortifiant pour sa mère, malgré les critiques des fidèles laïcs quant au non-respect du régime végétarien strict des moines. Cet acte témoignait non seulement d'un dévouement sans faille, mais rappelait aussi que la piété filiale constitue le fondement de toute pratique spirituelle. Ému par cette histoire, l'empereur Tu Duc — lui-même reconnu pour sa dévotion filiale — lui accorda en 1848 le titre impérial de « Tu Hieu Tu », transformant ainsi le modeste ermitage en une pagode officielle. Nhat Dinh s'est éteint en 1858, mais son héritage demeure une profonde leçon morale pour les générations futures.



